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Cet ouvrage didactique veut faciliter l'enseignement de l'éthique dans les programmes de résidence en médecine familiale. Il peut être utilisé par les enseignants et les résidents, dans les discussions en petit groupe, lors des séances d'enseignement formel, en tout ou en partie. Ce n'est pas un ouvrage éducatif définitif dans le domaine de l'éthique, d'autant plus qu'il n'est pas complet. Il vise à stimuler l'éducation et la discussion dans un domaine qui intimide de nombreux médecins de famille. Nous espérons que les utilisateurs seront eux-mêmes amenés à élaborer des présentations de cas et des modules éducatifs qui leur seront propres et que nous pourrons incorporer dans les versions subséquentes de ce document.
Il existe un module d’enseignement type, intitulé « Problem-Solving: Analytical Methodology in Clinical Ethics »
conçu pour orienter la façon d’enseigner l’éthique aux médecins de famille. Pour fins
de démonstration, il comprend également l’analyse d’un cas qui sert d’exemple à
une approche type pour cheminer dans un problème spécifique. On y retrouve aussi
une liste de sujets en éthique appropriés pour les médecins de
famille et reliés à des cas cliniques réels afin
de stimuler la discussion dans chacun des sujets.
TABLE DES
MATIÈRES
LIGNES DIRECTRICES POUR L’ENSEIGNEMENT DE L’ÉTHIQUE AU SEIN
DES PROGRAMMES DE RÉSIDENCE EN
MÉDECINE
SOLUTION
DE PROBLÈMES: MÉTHODOLOGIE ANALYTIQUE EN ÉTHIQUE CLINIQUE
ILLUSTRATION DE L'ANALYSE D'UN CAS
CAS CLINIQUES ET RÉFÉRENCES
Thèmes d’intérêt particulier pour la médecine familiale
- Affectation des ressources et rôle du médecin
de famille comme gardien à la porte d’entrée du système de soins
- Relations avec les collègues spécialistes
- Continuité des soins, responsabilités de
garde
- Relations avec l’équipe des services de
santé de première ligne, modèles alternatifs de prestation des soins de première
ligne
- Confidentialité et respect de la vie privée,
obligation de déclarer, dossier patient électronique
- Limites, inconduite sexuelle, cadeaux des
patients, patients comme amis
- Planification des soins, prise de décisions au nom d’autrui
Thèmes d’intérêt général
- Relations avec les entreprises pharmaceutiques,
conflits d’intérêt
- Recherche médicale, « utilisation » des
patients, intégrité scientifique
- Aspects touchant la reproduction, la fertilité,
la contraception et l’avortement
- Aspects reliés à la génétique, aux tests
diagnostiques et au dépistage présymptomatique
- Collègues incompétents, responsabilité
de déclarer
- Contraintes économiques, modes de rémunération,
liberté professionnelle
- Évaluation de la capacité de prendre des
décisions, incompétence, problèmes de placement et d’hébergement
- Patient « difficile », non-observance,
belligérance, somatisation
- Volontés de fin de vie, euthanasie, aide
médicale au suicide
- Consentement éclairé, risques, torts,
bienfaits, consentement en pédiatrie
- Erreur médicale, dire la vérité
- Problématique interculturelle
Table des matières
LIGNES DIRECTRICES POUR L’ENSEIGNEMENT DE L’ÉTHIQUE
AU SEIN DES PROGRAMMES DE RÉSIDENCE EN MÉDECINE FAMILIALE
Pour satisfaire à une exigence
formelle d’un tel enseignement dans les programmes de résidence, le Comité
d’éthique du Collège soutient le développement et la mise en application de
programmes pour l’enseignement de l’éthique en médecine familiale.
Le Comité ne préconise pas l’imposition d’un cursus
(curriculum) unique pour enseigner l’éthique. Il favorise plutôt une approche
intégrée, basée sur les quatre principes de la médecine familiale et l’approche
centrée sur le patient, qui répond aux besoins et aux objectifs d’éduquer les
cliniciens dans le domaine de l’éthique. Le Comité favorise également le développement d’initiatives pédagogiques
innovatrices qui sont à la fois pratiques et qui reflètent les besoins, les
circonstances et les ressources particulières de chacun des programmes.
Le Comité d’éthique propose l’utilisation des lignes directrices suivantes comme
cadre de travail pour développer un tel programme d’enseignement.
Paramètres
1) L’éducation éthique devrait avoir pour
but l’amélioration des soins et de la conduite professionnelle
2) Le programme d’enseignement devrait maintenir
une perspective de pertinence clinique et devrait donc insister sur les aspects éthiques rencontrés quotidiennement en pratique familiale
(un tel programme présuppose une plus forte exposition théorique à l’éthique médicale au
niveau prédoctoral). À cette fin, il devrait être :
- autant que possible, intégré
à la formation clinique existante des médecins de famille
- développé parallèlement au programme de formation professorale, de sorte que les
enseignants en médecine familiale puissent effectivement réaliser cette intégration
- présenté dans un contexte multidisciplinaire
3) Les objectifs interdépendants d’un tel programme
devraient inclure : a) L’enseignement des comportements qui
reflètent les valeurs, les attitudes et les traits de caractère requis d’un bon médecin de
famille. Cet enseignement devrait présenter l’empathie, la compassion, l’humanisme des soins et l’autocritique
comme étant des attributs fondamentaux du médecin de famille.
b) L’enseignement des habiletés de communication interpersonnelle afin de :
- refléter ces valeurs et attitudes
- promouvoir une relation médecin-patient efficace
- faciliter la résolution des conflits
c) L’enseignement,
de façon systématique et globale, des habiletés d’analyse qui permettent d’identifier et de
résoudre les aspects éthiques inhérents à la pratique familiale
d) L’enseignement d’une base de connaissances touchant la littérature bioéthique et médico-légale
entourant les aspects éthiques inhérents à la pratique familiale
4) La meilleure façon d’appliquer ce programme
fait appel à une pluralité d’outils pédagogiques, notamment :
- des sessions d’enseignement en petit
groupe (de façon formelle et au lit du malade) basées sur des cas
pratiques reliés à l’expérience du résident ou de l’enseignant
- le mentorat clinique
- le tutorat individuel par des stages spécialisés
- l’observation directe et la révision
- les lectures dirigées et la recherche
5) La mise en oeuvre d’un mécanisme d’évaluation formelle des
attitudes, connaissances et habiletés touchant l’éthique en médecine familiale.
LISTE DES THÈMES
Comme nous l’avons déjà mentionné, ce projet est un
travail constamment sur le métier. Cette liste de thèmes n’est ni complète ni
normative. Nous avons tenté de présenter des cas réels afin de favoriser la
discussion des aspects éthiques reliés à la médecine familiale. Naturellement,
certains thèmes intéressent les médecins de toutes les spécialités; la liste des
thèmes a donc été structurée pour refléter cette réalité. Même si les sujets
présentés sous « Thèmes d’intérêt particulier pour la médecine familiale » revêtent
une importance spéciale pour la formation et la pratique dans notre propre discipline,
nous admettons l’existence d’un chevauchement important entre les catégories.
Les auteurs encouragent et sollicitent vos commentaires
ou suggestions concernant la liste des thèmes et les présentations de cas. Il
est à noter que les cas ne couvrent pas entièrement toutes les facettes d’un
thème donné. Avec votre aide, nous anticipons une expansion graduelle des thèmes
« de base » et des cas correspondants. Veuillez transmettre vos commentaires au
: Comité d’éthique, Le Collège des médecins de famille du Canada, 2630 avenue
Skymark, Mississauga ON L4W 5A4 ou à : Liz Welsh, par télécopieur au (905)
629-0893, ou par courrier électronique à : lwelsh@cfpc.ca
.
Thèmes d’intérêt particulier pour la médecine familiale
1. Affectation des ressources et rôle du médecin de
famille comme gardien à la porte d’entrée du système de
soins 2. Relations avec les collègues spécialistes 3. Continuité
des soins, responsabilités de garde 4. Relations avec l’équipe des
services de santé de première ligne, modèles alternatifs de prestation des soins
de première ligne 5. Confidentialité et respect de la vie privée,
obligation de déclarer, dossier patient électronique 6. Limites,
inconduite sexuelle, cadeaux des patients, patients comme
amis
7. Planification des soins, prise de décisions au nom d’autrui
Thèmes d’intérêt général
8. Relations avec les entreprises pharmaceutiques,
conflits d’intérêt
9. Recherche médicale, « utilisation » des patients,
intégrité scientifique 10. Aspects touchant la reproduction, la
fertilité, la contraception et l’avortement 11. Aspects reliés à la
génétique, aux tests diagnostiques et au dépistage
présymptomatique 12. Collègues incompétents, responsabilité de
déclarer 13. Contraintes économiques, modes de rémunération, liberté
professionnelle 14. Évaluation de la capacité de prendre des décisions,
incompétence, problèmes de placement et d’hébergement 15. Patient «
difficile », non-observance, belligérance, somatisation 16. Volontés de
fin de vie, euthanasie, aide médicale au suicide 17. Consentement
éclairé, risques, torts, bienfaits, consentement en pédiatrie 18. Erreur médicale, dire
la vérité 19. Problématique interculturelle
ILLUSTRATION DE L'ANALYSE D'UN CAS
Cette analyse d’un cas illustre brièvement une approche typique à l’analyse
éthique. Le but de cette analyse est de permettre aux lecteurs de reconnaître
les catégories générales habituelles explorées dans l’analyse éthique et de
fournir des exemples des types de questions que l’on pourrait considérer dans
chaque catégorie.
Illustration d’un cas – voir cas 15 – thème B. Patient « difficile »,
non-observance, belligérance, somatisation
1. Quelles sont les options? (c’est-à-dire quelles sont
les actions possibles?) - Accès refusé à la
pratique - Maintenir le statu quo - Élaborer une nouvelle
stratégie d’interaction (p. ex. établir un contrat explicite avec la
patiente)
2. Quels sont les principes ou les valeurs en
jeu? - Bienfaisance professionnelle : définition des devoirs
professionnels, de l’étendue de l’obligation de soigner, du devoir de ne pas
abandonner une patiente dans le besoin - Autonomie professionelle :
définition des limites touchant la satisfaction des désirs de la
patiente - principe de justice : cette relation mène-t-elle quelque
part? Cette relation est-elle thérapeutique? - Autonomie de la patiente
: le droit de choisir son médecin, la portée du droit de définir la nature de la
relation.
3. Recueil des faits : Données factuelles
: - Existe-t-il d’autres difficultés qui pourraient, par exemple,
modifier le comportement de la patiente? - La patiente refuse-t-elle
simplement de discuter de ses autres difficultés, ou est-elle incapable de le
faire à cause de troubles psychologiques plus profonds? - Quelle est
l’histoire du divorce? - Le travail? Les enfants? La relation maritale?
Les abus? Le niveau de fonctionnement? La situation
financière?
Données analytiques : (le médecin se retire du
cas) - Évaluation objective de la relation médecin-patient :
est-il possible de la sauver? - Quel est le but de cette relation?
Ventilation? Guérison? Les buts sont-ils suffisants pour justifier la poursuite
des soins?
4. Évaluation des options en termes de principes et de valeurs
: Congé : - Signifie le transfert de la patiente aux soins
d’un autre médecin : il faut donc préciser ce qui devrait être fait s’il se
présentait des circonstances urgentes avant le transfert, quelles limites de
temps s’appliquent en termes « de notification » -- cette option maximise la
bienfaisance (selon la définition du médecin, mais peut-être pas celle de la
patiente) et l’autonomie professionnelle tout en minimisant l’autonomie de la
patiente et possiblement la justice.
Statu quo : - Accepter simplement une relation peu satisfaisante en
ne faisant rien et en évitant d’approfondir l’examen du problème. (La patiente
pourrait aimer ce choix, mais au prix d’une frustration chez le médecin et de
dommages à la bienfaisance professionnelle. L’autonomie de la patiente peut
appuyer cette option, mais la plupart des cliniciens indiqueraient que cette
patiente ne sait réellement pas ce qu’elle veut.) Le maintien du statu quo
favorise l’autonomie de la patiente, bien que ce soit une autonomie perturbée,
alors que la bienfaisance est probablement compromise en ce sens qu’il ne se
produit rien de bon. - Maintenir le statu quo pourrait impliquer de
reformuler la relation à ses propres fins.
Nouvelles stratégies : - 1. Contrat (bilatéral) : p. ex. :
maximum une visite par semaine, ne pas abuser du personnel (respecte plusieurs
principes à divers degrés : obligation de soigner, autonomie de la patiente,
autonomie du médecin, bienfaisance, justice) - 2. Relation
conditionnelle (unilatérale) : « J’accepte de vous revoir, mais seulement
pour une raison urgente, etc. » (maximise avant tout l’autonomie du médecin,
donc moins acceptable) - 3. Redéfininir les buts : p. ex.,
accepter que le but soit d’empêcher la patiente d’aller ailleurs pour obtenir
des soins inappropriés en maintenant une relation que la patiente, et non pas le
médecin, trouve utile. Si l’espoir est de faire avancer cette relation qui est
au point mort, il peut s’avérer nécessaire de la redéfinir (c’est-à-dire la
satisfaction de la patiente et non pas la guérison). - Les options 1 et
3 sont mutuellement compatibles.
5. Choix (ordre d’importance des options)
: - Quelle action constitue le meilleur équilibre entre des
principes éthiques conflictuels ou concurrents? (la préférence va à l’option qui
satisfait au plus grand nombre de principes) - Doit identifier laquelle
des actions sera acceptable par la plupart des participants. On ne peut
s’attendre des cliniciens qu’ils tentent sans cesse de satisfaire ou de
concilier des préférences irréalistes et particulièrement exigeantes; après un
certain temps, apparaîtrait un dégoût de se présenter au bureau . . .
- Reconnaître que l’établissement d’un ordre d’importance implique que
plusieurs (ou toutes) des options peuvent respecter l’éthique, mais nous devons
tout de même choisir.
6. Au-delà de l’analyse du cas : - Dans la
vraie vie (contrairement à l’analyse du cas), la prochaine étape est
d’agir - Les effets et les résultats de l’action doivent faire l’objet
d’une analyse rigoureuse - Les décisions doivent être réalistes et ne
pas imposer un fardeau moral excessif aux cliniciens (reconnaître que les
cliniciens et le personnel du bureau ont des besoins réels pour des choses
fondamentales, comme la politesse des patients, qui ne sont pas du tout sans
importance pour la solution « idéale » des dilemmes moraux reliés à la
pratique) - L’analyse des résultats obtenus n’est pas une perte de temps
et est rentable du point de vue éducatif – il peut en résulter une plus grande
facilité et une résolution plus rapide des dilemmes futurs.
CAS CLINIQUES ET RÉFÉRENCES
1. Affectation des ressources et rôle du médecin de famille comme
gardien à la porte d’entrée du système de soins
Cas A
M. B, 37 ans, schizophrène de longue date, est
l’un de vos patients chez qui on vient de poser un diagnostic de cardiomyopathie
idiopathique au stade terminal. On vient de refuser de l’inscrire sur la liste
d’attente pour une transplantation cardiaque. M. B est sans emploi depuis
plusieurs années à cause de sa maladie. Malgré des posologies médicamenteuses
maximales, sa condition cardiaque continue de se détériorer. Quant à sa maladie
psychiatrique, elle est présentement sous contrôle grâce à un nouveau
neuroleptique par voie orale qui est très coûteux. Le régime gouvernemental
d’assurance-médicament a été révisé et il se peut fort bien que ce médicament ne
soit plus couvert.
Quelles sont vos responsabilités?
Cas B
Mme S, 85 ans, est atteinte de démence modérée
et réside dans un foyer de soins infirmiers. Elle devient fiévreuse et semble
être en délire. Votre hypothèse diagnostique est une infection urinaire et vous
voulez la référer au service des urgences du centre hospitalier de la localité.
Le médecin en devoir vous recommande de la garder au foyer et de la traiter de
façon empirique parce qu’il craint qu’elle bloque un lit pendant une longue
période.
Que devriez-vous faire?
Références :
1. McKneally MF,
Dickens BM, Meslin EM, Singer PA. Bioethics for clinicians: 13. Resource
allocation. CMAJ 1997; 157:163-7. 2. McSherry J, Dickie GL. Swords to ploughshares. Gatekeepers turned
advocates [editorial]. Can Fam Physician 1998;44:955-6,
962-4. [Article in English, French] 3. Gass DA. Gatekeeping in
primary-health care. Challenging a sacred myth [editorial]. Can Fam
Physician
1997;43:1334-5, 1338-9. [Article in English, French] 4.
Bodenheimer T, Lo B, Casalino L. Primary care physicians should be coordinators,
not gatekeepers. JAMA
1999; 281:2045-9.
Autres références :
1. Pellegrino ED. Managed care at the bedside: how do we
look in the moral mirror? Kennedy Inst Ethics J
1997;7:321-30.
Table des
matières
2. Relations avec les collègues spécialistes
Cas A
Dr K est un médecin de famille qui, depuis de
nombreuses années, confie ses malades à un collègue interniste général dans la
même communauté. L’interniste, Dr S, est très respecté dans la communauté mais
il commence à ralentir sa pratique après 40 ans de services. Le Dr K a récemment
noté qu’il devait multiplier les demandes pour obtenir les rapports de
consultation et que, lorsqu’il les recevait, ces rapports contenaient des
contradictions évidentes et des informations erronées. Quelques patients ont
même observé que le Dr S semblait distrait et distant, alors que d’autres ont
noté une énergie inhabituelle et un penchant pour l’humour grivois.
Le Dr K
s’inquiète de ce changement apparent dans le comportement de son collègue et se
demande s’il pourrait faire quelque chose à son sujet. Il songe à le déclarer au
Collège des médecins et chirurgiens, mais il déduit que les preuves démontrant
une négligence grossière ou des méfaits sont faibles. Il décide plutôt de
simplement cesser de confier ses malades à son collègue. Le lendemain toutefois,
l’un de ses patients lui dit que le Dr S lui a recommandé de ne plus voir le Dr
K parce que celui-ci « ne sait pas ce qu’il fait ». Aujourd’hui, le Dr K se sent
davantage disposé à prendre action.
Que devrait-il faire?
Cas B
Le Dr H exerce la médecine familiale dans une
petite communauté nordique. Un soir, il est en devoir au service des urgences du
centre local de santé lorsque se présente un patient de 63 ans qui consulte pour
une douleur abdominale. Ce patient est bien connu des soignants du centre de
santé à cause d’antécédents chargés d’alcoolisme, d’ulcères gastriques
hémorragiques, de diabète et d’hypertension. Suite à l’examen physique et à
l’investigation biologique, le Dr H conclut que le patient présente probablement
une récidive de son ulcère et qu’il est à risque d’une perforation.
Comme le
centre n’offre pas de service de chirurgie, le Dr H communique avec le
chirurgien de garde au centre de soins tertiaire le plus près. Après discussion
du cas, on lui dit d’envoyer son patient par transport aérien. Le lendemain,
à sa grande surprise, le Dr H voit le patient revenir de la ville pour être
réhospitalisé au centre hospitalier local. Le patient lui remet une note rédigée
par le résident de chirurgie qui dit simplement : « gastro-entérite stable.
Hydratation recommandée ». Ce diagnostic semble peu probable dans l’esprit du Dr
H qui considère que l’investigation a été déficiente au centre tertiaire. Ses
appels au chirurgien impliqué restent sans réponse et il est impossible de
joindre le résident.
Que devrait-on faire?
Références :
1. CMFC & CRMCC (Rapport d’un groupe de
travail). La relation entre le médecin de famille et le spécialiste consultant
dans la prestation des soins. 1993:23-32. 2. AMC Code de déontologie.
Responsabilités envers la profession. Sections 35, 37,42. 3. Walsh A,
Davine J. Teaching Effective Consultation and Referral. CCFP Section of Teachers
of Family Medicine Newsletter. 1999(7)1:Spring 1999. http://www.cfpc.ca/sotnews7-1.htm
Table des
matières
3. Continuité des soins, responsabilités de garde
Cas A
Dre S agit à titre de remplaçante pendant six
mois dans une petite communauté rurale où elle est le seul médecin. Le
déroulement de son contrat ne correspond pas à ce qu’elle avait espéré, la
facturation selon le mode de rémunération à l’acte est significativement moindre
que ne l’indiquaient les discussions préliminaires avec son employeur. Les
responsabilités entourant la garde deviennent lourdes, davantage parce qu’elle
est sans cesse dérangée par la « pagette » que par le stress du travail. Elle a
rarement eu l’occasion de se faire des amis et passe la plupart de ses soirées à
l’hôpital pour dicter des dossiers ou à regarder la télévision dans son petit
appartement loué.
Les soirs où tout s’annonce tranquille, elle conduit
80 milles en auto pour aller à la ville mais sans se séparer de sa pagette,
passe la nuit avec son ami et revient tôt le lendemain matin. Jusqu’à
maintenant, cet arrangement a semblé satisfaisant, malgré une certaine anxiété
suite au fait qu’un patient ait consulté à l’hôpital rural pour une douleur
thoracique. Après avoir parlé à l’infirmière au téléphone, elle a fait
transférer le patient par ambulance au centre de soins tertiaires le plus près;
le patient a subséquemment reçu les soins médicaux appropriés pour son infarctus
du myocarde. Le cardiologue de garde ne savait pas que Dre S avait téléphoné à
partir de la ville plutôt qu’à une distance de 80 milles.
Quels sont vos commentaires?
Cas B
Dr Y est un jeune médecin exerçant au sein
d’une pratique urbaine achalandée. Il est très apprécié et reçoit souvent des
patients référés de bouche à oreille à cause de ses bons soins. Au cours de la
dernière année, il a suivi Jessy pour ses examens médicaux réguliers et il l’a
récemment accouchée de son premier bébé. L’enfant était en bonne santé et la
famille s’est dite très impressionnée par sa gentillesse, son dévouement et son
attention au détail.
Sept mois après l’accouchement, le test de grossesse de
Jessy est à nouveau positif; cette nouvelle est accueillie avec déception,
colère et anxiété. La semaine suivante, elle consulte le Dr Y et dit qu’elle
désire un avortement. Le Dr Y est contrarié de cette demande; c’est la première
fois qu’il est confronté à un tel scénario depuis le début de sa pratique, et il
exprime avec émotion son opposition morale à une telle intervention. Jessy, en
retour, devient furieuse et se met à pleurer, et veut être référée à un autre
médecin qui pourrait sans hésitation satisfaire à sa demande. Le Dr Y refuse de
référer la patiente et lui dit plutôt de se trouver quelqu’un d’autre pour
l’ensemble de ses soins si elle persiste dans ce sentiment.
Quels sont vos commentaires?
Cas C
Les « Associés médicaux » forment un groupe de
six omnipraticiens installés en banlieue d’un grand centre urbain. Les médecins
sont de moins en moins heureux de l’ouverture de leur clinique après les heures
régulières. Avec la croissance de leur pratique (couvrant maintenant plus de 12
000 patients), ils trouvent de plus en plus difficile de répondre à la demande
et, en même temps, de couvrir la clinique en dehors des heures régulières. Après
10 années de ce régime, plusieurs d’entre eux sont fatigués des cliniques de
soirée et de fin de semaine. Malgré les pertes financières envisagées, ils
décident de cesser leur couverture personnelle après les heures régulières et
d’orienter les patients qui téléphonent vers le service des urgences de
l’hôpital local.
Lorsque le Dr W,
directeur du service d’urgence local, entend parler de cette décision, il
devient inquiet. Le service des urgences est déjà très achalandé et il s’inquiète de
la qualité des soins qu’il pourra fournir dans l’éventualité où un
plus grand nombre de patients se présentent au service des urgences.
Références :
1. Hutten-Czapski P. Rural hospital service trends:
a country doctor’s view. Can Fam Physician
1998;44:2041-43. 2. Freeman G, Hjortdahl P. What future for continuity
of care in general practice? BMJ 1997;314:1870-73.
3. Neuberger J. Primary care: core values &
patient priorities. BMJ
1998;317:260-2.
Table des
matières
4. Relations avec
l’équipe des services de santé de première ligne, modèles alternatifs de
prestation des soins de première ligne
Cas A
Dre P reçoit par télécopieur une note du
Service des soins à domicile de sa communauté contenant les noms et le détail
des plans de soins de plusieurs de ses patients. Elle s’aperçoit que
quelques-uns ont été référés en physiothérapie, apparemment par l’infirmière des
soins à domicile, alors qu’un ou deux autres sont suivis par un podiatre pour
des raisons plutôt obscures. Deux patients ont fait l’objet d’une entrevue par
l’Unité d’évaluation et de coordination concernant une admission dans un
établissement de soins prolongés et un troisième a été référé à un optométriste
pour « évaluation de cataractes ». La note lui demande de communiquer avec
plusieurs de ses patients pour « revoir leur médication ».
Dre P se croit
capable de fournir des soins holistiques et elle a l’impression qu’il s’agit
d’une érosion de son rôle de dispensateur de soins de première ligne. Elle
reconnaît que certains des arrangements peuvent être bénéfiques mais aurait aimé
être consultée à l’avance. Elle a l’impression que toutes ces interventions dans
la communauté frôlent un paternalisme excessif, et elle se demande dans quelle
mesure certains de ses patients âgés sont manipulés par le système.
Que devrait-elle faire?
Cas B
Le Dr X, récemment installé dans cette
communauté, a fait paraître une annonce publicitaire dans un journal concernant
sa pratique. Il mentionne avoir une formation et une expertise en homéopathie,
médecine chinoise traditionnelle, naturopathie, acupuncture, moxibustion,
réflexologie, yoga, méditation et toucher thérapeutique. Il offre une
consultation initiale gratuite et des résultats garantis, appuyés d’ailleurs par
de nombreux témoignages personnels.
Quant au Dr Y, c’est un médecin de
famille traditionnel bien connu pour son intérêt envers les thérapies
alternatives et les médecines douces. Par contre, son approche est scientifique
et il a tendance à être très critique pour les modalités dont l’efficacité n’a
pas été démontrée par des preuves scientifiques solides. Jérome, patient du Dr
Y, souffre de fibromyalgie, de dépression et de stress lié à son travail. Il dit
au Dr Y que la thérapie actuelle ne semble pas l’aider et qu’il aimerait être
référé au Dr X pour une approche plus « naturelle ».
Que devrait répondre le Dr Y?
Références :
1. Purtilo RB. Rethinking the ethics of confidentiality
and health care teams. Bioethics Forum. 1998 Fall-Winter;14(3-4):23-7. 2.
Irvine R, Kerridge I, McPhee J, Freeman S. Interprofessionalism and ethics:
consensus or clash of cultures? J Interprof Care. 2002;16:199-210. 3. Best
A, Herbert C. Two solitudes of complementary and conventional medicine.
Where are we going? Can Fam Physician. 1998;44:953-5, 960-2. English, French.
Table des
matières
5. Confidentialité et
respect de la vie privée, obligation de déclarer, dossier patient
électronique
Cas A
M. W, un de vos patients âgé de 22 ans, termine
son certificat de compétence comme pilote commercial. Après avoir quitté le
domicile en bas âge à cause de troubles familiaux et s’être lancé dans les
études, il s’est extrêmement bien débrouillé par lui-même. Récemment toutefois,
W est devenu déprimé et, bien qu’il ne soit pas suicidaire, vous pensez qu’il a
besoin d’une médication et de counselling psychiatrique. Il refuse la thérapie
proposée parce qu’il ne veut pas finir comme sa mère (qu’il considère affaiblie
et débilitée parce qu’elle a souffert toute sa vie de troubles psychiatriques et
qu’elle a pris de nombreux médicaments). Piloter est presque la seule chose
positive dans sa vie et, à son avis, il s’en tirera s’il y concentre toutes ses
énergies.
Que devrait-on faire?
Cas B
Mme R, votre patiente âgée de 39 ans, vous
révèle avoir été victime de violence physique par son mari, M. R., plus d’une
fois. M. R. est également votre patient et vous êtes très surpris de cette
confession de Mme R, puisque son mari semble tellement calme.
Que devriez-vous faire?
Références :
1. Ferris L, et al. Defining the physician’s
duty to warn: consensus statement of Ontario’s Medical Expert panel on Duty to
Inform. CMAJ 1998;158:1473-9.
2. Hébert P.
Confidentiality & its limits. Ch. 3 in Doing Right: A Practical Guide to
Ethics for Physicians & Medical Trainees. (Toronto, OUP, 1996) 3. Singer
PA et al. Ethics and SARS: Lessons from Toronto. BMJ 2003;327:1342-4.
Autre référence :
1. Ferris L, et al. Guidelines for managing
domestic abuse when male and female partners are patients of the same physician.
JAMA
1997;278:851-7.
Table des
matières
6. Limites, inconduite
sexuelle, cadeaux des patients, patients comme amis
Cas A
Le Collège provincial des médecins et
chirurgiens vient d’envoyer à tous les médecins une lettre concernant
l’acceptation des cadeaux offerts par les patients. Dans sa missive, le
registraire mentionne que « les patients aiment manifester leur appréciation par
des cadeaux. Toutefois, lorsque ce cadeau représente autre chose que des
frivolités, le médecin sera confronté à un problème éthique ».
Vous venez de
procéder à l’accouchement réussi d’un bébé en bonne santé. Les parents, ravis et
reconnaissants, vous remettent un cadeau :
a) Une bouteille de whiskey
au malt d’une valeur de 60 $; OU b) Un billet de 100
$; OU
c) L’usage de leur condo à Whistler pour une fin de
semaine.
Ces différents cadeaux comportent-ils une différence du point de vue
éthique?
La situation serait-elle différente si les parents étaient riches ou
pauvres?
Quand un cadeau devient-il « trop gros »? Pourquoi?
Le Collège est-il correct? Pourquoi? Pourquoi pas?
Cas B
L’un de vos proches amis veut devenir votre
patient. On vous a déjà dit que ce n’était pas une bonne idée et vous avez
refusé sa demande initiale. Il vous dit qu’il peut s’entretenir avec vous de
sujets qu’il trouverait difficile de partager avec d’autres, d’autant plus que
vous connaissez ses antécédents beaucoup mieux que d’autres qui lui sont
étrangers. Il vous presse de reconsidérer sa demande.
Quels sont les enjeux éthiques dans ce cas?
Que devriez-vous faire?
Références :
1. Rourke LL, Rourke JT. Close friends as patients
in rural practice. Can Fam Physician
1998;44:1208-10, 1219-22. 2. Yeo M, Longhurst M. Intimacy in the
patient-physician relationship. Committee on Ethics of the College of Family
Physicians of Canada. Can Fam Physician
1996;42:1505-8.
3. Linklater D, MacDougall S. Boundary issues: what do
they mean for family physicians? Can Fam Physician
1993;39:2569-73.
Table des
matières
7. Planification des
soins, prise de décisions au nom d’autrui
Cas A
John, 42 ans, jadis marié mais divorcé, est
transporté par ambulance au service des urgences après avoir été renversé par un
taxi alors qu’il traversait la rue à une intersection contrôlée. L’évaluation
révèle qu’il est instable; on soupçonne une hémorragie interne massive et on se
prépare pour un transfert immédiat au bloc opératoire.
Au même moment, arrive
l’ami de John, son partenaire homosexuel depuis 12 ans, qui mentionne que John
est séropositif au VIH depuis environ quatre ans et que, depuis un an, il a été
hospitalisé à deux reprises pour une PPC. Il vous dit également que, même sans
en avoir discuté en profondeur, John ne voudrait pas être hospitalisé aux soins
intensifs et qu’il refuserait certainement toute chirurgie, quelle qu’en soit la
raison. Il refuse tout consentement à l’intervention. Pendant que le
résident de chirurgie discute avec le partenaire de John, arrive le fils de
John, âgé de 17 ans. Il regarde le partenaire avec une haine évidente et,
lorsqu’on lui apprend que toute permission pour intervenir a été refusée, il
manifeste une agressivité verbale en disant qu’il va poursuivre les médecins,
l’hôpital et tout le personnel de la salle de réanimation s’ils ne font pas tout
ce qui est nécessaire pour sauver la vie de son père.
Que devrait-on faire?
Cas B
Joan, 30 ans, souffre de SLA (sclérose latérale
amyotrophique). Vous êtes son médecin de famille et elle vous a répété à maintes
reprises qu’elle ne voulait pas de traitement agressif qui prolongerait son
agonie. Récemment, elle a rempli un formulaire de directives préalables où il
est mentionné qu’elle refuse toutes les « mesures extraordinaires de maintien
artificiel de la vie » mais qu’elle accepte seulement des « mesures pour assurer
son confort ». La famille décide de la transporter à l’hôpital à cause d’une
détérioration de sa capacité respiratoire.
Aux soins intensifs, on lui offre
la ventilation et elle accepte parce qu’elle a peur de mourir. Après une
semaine, on lui enlève son tube respiratoire et on la transfère à l’étage où
elle insiste pour dire qu’elle ne consentira jamais plus à la ventilation,
quelles que soient les circonstances. Deux jours plus tard, nouvelle
détérioration de l’état respiratoire; la respiration devient laborieuse et elle
accepte à nouveau d’être intubée et d’être transférée à l’unité de soins
intensifs. Après 10 jours aux soins intensifs, elle vous tend une note disant
qu’elle ne peut plus supporter de souffrir. La note mentionne qu’elle désire
l’arrêt du traitement. Toutefois, sa condition respiratoire s’améliore et la
famille insiste pour que la thérapie se poursuive. À leur avis, Joan réagit
encore une fois à des circonstances de frayeur et finira par être heureuse de la
poursuite du traitement, comme ce fut le cas dans le passé. La famille menace de
poursuivre si on cesse la ventilation. Joan refuse une évaluation
psychiatrique.
Que devrait-on faire?
Références :
1. Martin DK, Emanuel LL, Singer PA. Planning for the
end of life. Lancet 2000;356:1672-6. 2. Emanuel LL, von
Gunten CF, Ferris FD. Advance care planning. Arch Fam Med
2000;9:1181-7. 3. Larson DG, Tobin DR.
End-of-life conversations: evolving practice and theory. JAMA
2000;284:1573-8.
Table des
matières
THÈMES D’INTÉRÊT
GÉNÉRAL
8. Relations avec les entreprises pharmaceutiques, conflits d’intérêt
Cas A
On sollicite votre participation à une étude de
pharmacovigilance menée par une entreprise pharmaceutique afin d’investiguer une
nouvelle indication médicamenteuse. Présentement, il n’existe pas de thérapie
adéquate contre la maladie qui fait l’objet de l’investigation. La proposition a
été acceptée par le comité d’éthique de votre centre hospitalier. Dans le cadre
de cette étude, l’entreprise pharmaceutique vous fournira un ordinateur et un
modem qui vous permettront de faire parvenir vos résultats directement aux
quartiers généraux de la compagnie. Au terme de l’étude, l’ordinateur vous
appartiendra et le fabricant pharmaceutique vous a indiqué qu’il élaborera des
logiciels éducatifs qu’on vous fera parvenir gratuitement.
Devriez-vous participer à cette étude?
Cas B
Vous êtes impliqué dans l’essai clinique d’un
nouvel antibiotique. De vos quatre patients qui participent à l’essai, trois ont
développé une diarrhée modérément sévère. Lorsque vous rapportez cette observation à l’entreprise pharmaceutique, la
réponse est polie mais les chercheurs de l’entreprise ne semblent pas
intéressés par vos inquiétudes. Quelle serait votre réaction devant ce problème?
Références :
1. CMA policy on “Physicians and the Pharmaceutical Industry (Update 2001)”
CMAJ : 2001;164(9):1339-41 2. Ogle K. Collaborating with
pharmaceutical research – Family physicians beware! Can Fam Physician:
2002;September (48):1415-17 3. Lewis S, Baird P, Evan RG et al. Dancing with
the Porcupine: rules for governing the university-industry relationship.
CMAJ : 2001;165(6): 783-5 4. Moynihan R. Who pays for the pizza?
Redefining the relationships between doctors and drug companies – 1:
Entanglement. BMJ : 2003;326:1189-92. 5. Moynihan R. Who pays for the
pizza? Redefining the relationships between doctors and drug companies – 2:
Disentanglement. BMJ : 2003;326:1193-96.
Autres références :
1.Katz D, Caplan AL,
Merz JF. All Gifts Large and Small: Toward an Understanding of the Ethics of
Pharmaceutical Industry Gift-Giving. Am J Bioethics :
2003;3(3):39-46 2.What's wrong with CME? (editorial) Can Med Assoc J:
2004;170(6):917 3.Watkins RS, Kimberly J. What Residents Don't Know about
Physician-Pharmaceutical Industry Interactions. Acad Med :
2004;79:432-37
Table des
matières
9. Recherche
médicale, « utilisation » des patients, intégrité scientifique
Cas A
Une entreprise pharmaceutique vous offre, à
titre de médecin de famille, une récompense monétaire pour chaque patient que
vous référez à leur centre local pour une étude sur l’hypertension.Vous n’êtes
pas chercheur et vous n’avez simplement qu’à fournir les noms, adresses et
quelques éléments du dossier médical de vos patients. Pour cette contribution,
on vous offre 150 $ par nom de patient.
Pouvez-vous référer des patients?
Cas B
On vous demande de participer à une étude
portant sur un nouveau « triptan » utilisé dans le traitement des migraines.
(Les triptans, comme classe de médicaments, sont déjà disponibles au Canada sur
ordonnance et on les utilise fréquemment pour casser les migraines.) Dans cette
étude, les patients seront assignés par randomisation soit au médicament
expérimental, soit à un placebo. Si, après deux heures, la migraine se poursuit,
le patient peut alors prendre un analgésique puissant.
Cette étude est-elle éthique?
Références :
1. Bulger R. Toward a statement of the principles
underlying responsible conduct in biomedical research. Acad Med 1994;
69:102-107. 2. Weijer C, Dickens B, Meslin E M. Bioethics for
Clinicians: 10. Research Ethics. CMAJ 1997; 156:1153-7.
Autres références :
1. Freedman B. Equipoise and the Ethics of Clinical
Research. N Engl J Med 1987; 317 (3): 141-145. 2. Jones R, et
al. Primary care research ethics. Br J Gen Pract
1995; 45:623-626.
Table des
matières
10. Aspects touchant
la reproduction, la fertilité, la contraception et l’avortement
Cas A
Une réflexion approfondie vous a amené à
prendre la décision d’être en faveur de l’avortement « sur demande », à la
condition que ce soit véritablement le désir de la patiente. Jusqu’à maintenant,
cette prise de position n’a présenté aucun dilemme moral particulier pour votre
pratique. Puis, un jour, une patiente qui a deux garçons vient vous consulter.
Elle vous dit vouloir un autre enfant. Elle et son mari veulent définitivement
une fille. Elle a déjà un rendez-vous pour une échographie aux Etats-Unis, dans
une ville près de la frontière. Là-bas, le radiologiste a déjà accepté de lui
révéler le sexe du fœtus. Si le fœtus est de sexe masculin, la patiente veut un
avortement et elle veut que vous vous engagiez d’avance à l’aider à obtenir un
avortement. Vous êtes stupéfait et refusez de l’aider. La patiente vous répond «
vous m’avez toujours dit que vous étiez Prochoix, et que la patiente avait le
droit de choisir entre avoir l’enfant ou avoir un avortement. Nous avons pris
notre décision. Si c’est un garçon, nous voulons un avortement. Pourquoi ne
pouvons-nous pas compter sur vous? Pourquoi avez-vous changé d’idée? »
Quelle sera votre réponse? Comment la justifiez-vous?
Cas B
On a déjà posé un diagnostic de « personnalité
borderline » chez une femme de 42 ans qui est votre patiente depuis cinq ans.
Depuis trois mois, elle est impliquée dans une nouvelle relation de couple. Elle
vous informe qu’elle a tenté sans succès de devenir enceinte et vous demande de
la référer à une « clinique de fertilité » puisque c’est sa « dernière chance »
d’avoir un enfant.
Quelles sont les préoccupations éthiques dans ce
cas?
Que faites-vous de la requête de cette patiente?
Références :
1. Shanner L, Nisker J. Bioethics for Clinicians: 26. Assisted Reproductive
Technologies. CMAJ : 2001;164(11):1589-94. 2. Adams KE. Moral
Diversity Among Physicians and Conscientious Refusal of Care in the Provision of
Abortion Services. J Am Med Wom Assoc : 2003 Fall;58(4):223-26
Autres références :
1. Lieman HJ. Curbside Consultation: Do I Get to Decide Who Should Have a
Baby? Am Fam Physician : 2003;67(5):1139-41 2. Chervenak FA,
McCullough L. Curbside Consultation: A Group Practice Disagrees About Offering
Contraception. Am Fam Physician : 2002;65(6):1230-33 3. Kols AJ,
Sherman JE, Piotrow PT. Ethical Foundations of Client-Centered Care in Family
Planning. J Women Health : 1999;8(3):303-12 4. McGaughran AL.
Informed consent and emergency contraception. Am Fam Physician :
2000;62(10):2219-20 5. Farsides B, Dunlop RJ. Is there such a thing as a life
not worth living? BMJ : 2001;322(7300):1481-3 6.Raymond E,
Kaczorowski J, Smith P, et al. Medical abortion and family physicians. Survey of
residents and practitioners in two Ontario settings. CMAJ : 2002;March
(48):1538-44
Table des
matières
11. Aspects reliés à
la génétique, aux tests diagnostiques et au dépistage présymptomatique
Cas A
Rhonda, 44 ans, vient de subir une mastectomie
unilatérale avec excision de ganglions lymphatiques positifs au niveau de
l’aisselle. On avait découvert un cancer du sein trois mois auparavant; à
l’auto-examen des seins, elle avait palpé une bosse. Elle pratiquait
régulièrement l’auto-examen des seins à cause d’antécédents familiaux très
chargés : sa mère et sa grand-mère maternelle sont mortes d’un cancer du sein
dans la cinquantaine; sa sœur reçoit présentement une chimiothérapie pour la
même maladie.
Jennifer, la fille de Rhonda âgée de 18 ans, est très inquiète
d’être atteinte de cette maladie au sujet de laquelle elle a beaucoup lu. Elle
consulte son médecin de famille et lui demande de lui prescrire des tests
génétiques. Elle sait que si elle possède l’un des deux gènes décrits dans ses
lectures, son risque de développer la maladie est d’au moins 80 %, alors qu’il
se situe autour de 10 % si son hérédité génétique est « normale ». Ces tests
sont très coûteux et ne font pas partie des services assurés mais Jennifer dit
qu’elle trouvera l’argent pour en défrayer le coût en travaillant à temps
partiel comme serveuse.
La mère de Jennifer ne veut pas que sa fille subisse
les tests. « Qu’est-ce que ça t’apportera » demande-t-elle, « puisque nos gènes
font partie de nous et que nous ne pouvons rien y faire? » Jennifer réplique en
lui dévoilant son plan de demander une mastectomie et une ovariectomie
bilatérales si les résultats des tests sont positifs. Rhonda est stupéfaite par
cette révélation « Tu ne peux certainement pas penser à une telle solution! Tu
n’es même pas encore mariée et tu n’as pas eu d’enfants! Une telle solution
ruinerait ta vie! » Jennifer lui réplique préférer ce choix à celui de mourir
d’un cancer en bas âge. En entendant cela, sa mère éclate en
sanglots. Depuis sa chirurgie, elle se sent bien et ses forces
reviennent un peu plus chaque jour; elle est convaincue de sa guérison mais elle
est incapable de comprendre la proposition drastique de Jennifer. À la
fin, elles s’entendent pour demander conseil à leur médecin de famille.
Cas B
Une équipe de recherche sur le cancer a
récemment pris contact avec Jerry, un homme de 40 ans en bonne santé. Le
chercheur l’invite à participer à une étude longitudinale sur le cancer du côlon
héréditaire. On lui dit qu’il a été identifié comme porteur d’un risque parce
qu’une révision des dossiers a révélé que son grand-père et son père étaient des
« cas index », c’est-à-dire des patients reconnus porteurs d’un cancer du côlon.
Le grand-père de Jerry est décédé de cette maladie il y a plusieurs années.
Quant à son père maintenant âgé de 76 ans, il est toujours vivant mais il vient
de subir une hémicolectomie suite à un diagnostic de cancer du côlon posé un
mois auparavant.
Jerry est réceptif à cette requête et il comprend bien la
signification de ses antécédents familiaux. Il sait également que si les
résultats des tests génétiques sont positifs, on pourra lui offrir une
colonoscopie et des conseils génétiques réguliers afin d’améliorer ses chances
d’une survie normale. Il accepte de participer et on fixe les rendez-vous de
plusieurs rencontres avec des conseillers, des assistants de recherche et des
techniciens de laboratoire. Peu de temps après, le médecin qui dirige l’équipe
de recherche communique avec lui pour lui apprendre une mauvaise nouvelle : les
résultats des tests sont positifs, et on organise le protocole de
suivi.
Malgré sa nature optimiste, Jerry planifie son avenir de façon
minutieuse. Après de longues discussions avec son épouse, il décide d’augmenter
considérablement sa couverture d’assurance-vie. Sa compagnie d’assurance exige
une déclaration concernant son état de santé actuel; Jerry prend donc
rendez-vous chez son médecin de famille pour un examen médical complet. Dans ses
réponses au questionnaire, il omet délibérément de mentionner tout ce qui
entoure les résultats positifs et sa participation au projet de recherche. Son
médecin connaît le projet de recherche en cours et il exprime à Jerry sa
surprise qu’il n’ait pas été contacté, étant donné ses antécédents familiaux
chargés en termes de cancer du côlon. Avec réticence, Jerry admet son
implication et supplie son médecin de ne rien mentionner sur ce sujet avant
l’acceptation de la couverture supplémentaire d’assurance-vie.
Que devrait-on faire?
Références :
1.Burgess MM, Laberge CM, Knoppers BM. Bioethics for
Clinicians: 14. Ethics and genetics in medicine. CMAJ 1998;
158:1309-13. 2.Knoppers BM, Godard B. Ethical and legal perspective on
inherited cancer susceptibility. In Inherited susceptibility to cancer:
clinical, predictive, and ethical perspectives. ed. Foulkes WD, Hodgson SV.
Cambridge: Cambridge University Press, 1998:31-45. 3.Nolan K. First Fruits:
Genetic Screening. Hastings Center Report Special Supplement 1992;
22(4):S2-S4.
4.Feder G, Modell M. Cancer genetics in
primary care. In Inherited susceptibility to cancer: clinical, predictive, and ethical
perspectives. eds. Foulkes WD, Hodgson SV. Cambridge: Cambridge University Press, 1998:103-108.
Table des
matières
12. Collègues
incompétents, responsabilité de déclarer
Cas A
Vous exercez dans une petite ville et vous êtes
membre du Comité des complications de l’hôpital. Vous savez que l’un de vos
collègues, reconnu pour sa diligence, sa compassion et aimé autant par ses
patients que par les autres médecins, a fait des erreurs graves de jugement
clinique. Au début, vous avez tenté de le sensibiliser aux préoccupations du
comité et lui avez suggéré de demander de l’aide chaque fois qu’il éprouve une
difficulté. Malheureusement, il ne semble pas prendre conscience des
circonstances qui l’amènent à se trouver en difficulté et n’a pas demandé l’aide
appropriée. Les cas d’incompétence s’accumulent. Le dernier en liste est un cas
d’appendicite dont le diagnostic a été manqué. Le patient a été hospitalisé pour
« entorse lombaire aiguë ». Au cours des 48 heures suivantes s’est installée une
douleur abdominale progressive à la fosse iliaque droite avec sensibilité,
nausées et vomissements, fièvre et augmentation de la leucocytose; ces
observations ont été méticuleusement notées au dossier par le médecin lui-même.
C’est le radiologiste qui a posé le diagnostic d’abdomen aigu en observant une
obstruction intestinale partielle sur un cliché de la colonne lombaire. Il
existe beaucoup de rancune chez les médecins de la ville. Vous êtes préoccupé
par le fait que toute tentative de trouver une solution au problème sera perçue
comme « politique », autant par les médecins que par les patients.
Comment abordez-vous cette problématique?
Cas B
Pendant que vous vous brossez les mains en
préparation à une chirurgie, votre ami, gynécologue très respecté, vous dit que
depuis son divorce sa situation financière est désastreuse et que, demain, il
doit rencontrer les fonctionnaires du ministère du Revenu afin de discuter des
impôts impayés. L’hystérectomie est difficile et le gynécologue panique. En
fait, c’est vous le médecin de famille qui devez lui servir de guide dans ce
cas. Sa technique chirurgicale est clairement mauvaise. Pendant la chirurgie, la
patiente devient hypotendue mais la récupération postopératoire est excellente.
La patiente est très reconnaissante envers son chirurgien.
Quelle sera votre ligne de conduite devant cette possbilité d’incompétence?
Références :
1. Fleming MF. Physician impairment: options for
intervention. Am Fam Physician
1994;50:41-4.
2. Oppenheimer K, Swanson G. Duty to warn: when should
confidentiality be breached. J Fam Pract
1990;30:179-84.
Table des
matières
13. Contraintes
économiques, modes de rémunération, liberté professionnelle
Cas A
Vous venez d’assister à une allocution du
sous-ministre de la Santé. Il dit essentiellement que le système de rémunération
à l’acte est fondamentalement vicieux parce qu’il incite les médecins à
multiplier les actes. Il en résulte des visites, des interventions et des
chirurgies inutiles, avec une exagération des coûts sociaux. Le sous-ministre va
même jusqu’à dire que les systèmes de salariat ou de capitation (rémunération
basée sur le nombre de patients par année) sont des modes de rémunération plus «
éthiques ».
Êtes-vous
d’accord? Existe-t-il un système de rémunération qui soit intrinsèquement moins « éthique » ou
plus vicieux que les autres? Existe-t-il un système de rémunération qui
empêche les médecins d’agir en fonction de leurs propres intérêts économiques?
Cas B
Votre patient est porteur d’un gros calcul qui
obstrue un uretère. Il est en attente d’une néphrolithotripsie qu’il devrait
subir dans quatre mois. Dans l’intervalle, il développe une infection urinaire
et une possibilité de pyélonéphrite du côté atteint. Vous communiquez avec
l’urologue pour que le patient soit vu et qu’il subisse sa lithotripsie le plus
tôt possible. L’urologue vous répond de traiter d’abord le patient par une
antibiothérapie orale, parce que d’autres patients sur la liste sont des cas «
plus urgents ». Selon votre compréhension, une infection urinaire surajoutée à
une obstruction constitue un problème potentiellement dangereux; l’infection ne
disparaîtra pas aussi longtemps que l’obstruction demeurera en place. L’urologue
ne cédera pas.
Que faites-vous? Quels sont les enjeux éthiques soulevés par ce cas?
Références :
1.
Baily MA. Ethics, economics, and physician
reimbursement. Mt Sinai J Med. 2004 Sep;71(4):231-5. Review.
2.
Brennan TA, Lee TH.
Allergic to generics. Ann Intern Med. 2004
Jul 20;141(2):126-30.
3. Culyer
AJ.
Economics and
ethics in health care. J Med Ethics. 2001 Aug;27(4):217-22.
4.
Hurley
J.
Ethics,
economics, and public financing of health care. J Med Ethics. 2001
Aug;27(4):234-9.
5.
Malus M; CFPC Committee on Ethics.
User's guide to
health care reform.
Can Fam Physician. 2004 Feb;50:275-7.
6.
Raithatha N, Smith RD. Paying for statins. BMJ. 2004 Feb
14;328(7436):400-2.
7.
Rastegar DA.
Health care becomes an industry. Ann Fam Med.
2004 Jan-Feb;2(1):79-83.
8.
Rogers WA. Are guidelines ethical? Some considerations
for general practice. Br J Gen Pract. 2002
Aug;52(481):663-8.
Table des
matières
14. Évaluation de la
capacité de prendre des décisions, incompétence, problèmes de placement et
d’hébergement
Cas A
L’un de vos patients âgés, atteint d’une forme
sévère de la maladie de Parkinson, vient vous consulter parce qu’il est
préoccupé par ses deux fils qui semblent vouloir contrôler son argent. L’avocat
qu’il a consulté vous demande d’attester de son aptitude et de sa compétence. Au
mini-examen de l’état mental, le patient obtient 25 sur 30, c’est-à-dire dans la
zone limite. Vous n’êtes pas certain de la véracité de l’histoire du patient ou
s’il n’est pas plutôt en train de devenir paranoïde. Vous consultez un
spécialiste en gériatrie mais, malheureusement, ses conclusions ne vous aident
pas à préciser le problème.
Que faites-vous?
Cas B
Votre patient souffre de démence et constitue
un fardeau de plus en plus lourd pour sa deuxième épouse, elle-même âgée.
Celle-ci est épuisée, a l’impression de ne plus pouvoir continuer ainsi, et
insiste pour qu’il soit placé dans un établissement de soins prolongés. Son
fils, qui vit en Californie et qui a peu de considération pour sa belle-mère,
est inflexible et exige qu’on prenne soin de son père à la maison.
Quelle est
votre solution à ce conflit?
Comment déterminer ce que sont les meilleurs intérêts du patient?
Références :
1.Reust CE, Mattingly S. Family involvement in medical
decision making. Fam Med 1996;28:39-45. 2.Ethcell E, Sharpe G,
Elliott C, Singer PA. Bioethics for clinicians: 3. Capacity. CMAJ
1996;155:657-61. 3.Strang DG, Molloy DW, Harrison C. Capacity to choose place
of residence: autonomy vs beneficence. J Palliat Care
1998;14:25-9. 4.Ho V. Marginal capacity: the dilemmas faced in assessment and
declaration.CMAJ
1995;152:259-63.
Table des
matières
15. Patient «
difficile », non-observance, belligérance, somatisation
Cas A
Rick, 31 ans, est paraplégique depuis trois ans
parce qu’il s’était endormi sur des rails de chemin de fer. Depuis son accident,
il mobilise assidûment les ressources de soins de santé. En août de l’an
dernier, il y a environ un an et demi, il a été hospitalisé pour le traitement
d’ulcères de décubitus infectés et étendus. On lui a fait des greffes de
lambeaux cutanés mais, en se déplaçant par lui-même pour aller dans sa chaise
roulante, les lambeaux ont lâché. L’intervention a été reprise en septembre mais
a de nouveau lâché en moins de deux semaines, cette fois à cause de son refus de
laisser le personnel de l’hôpital prendre soin de la plaie. L’infection s’est à
nouveau installée mais a éventuellement été maîtrisée. Rick a reçu son congé et
est retourné à domicile après avoir promis à son plasticien de se comporter
correctement sinon celui-ci refuserait de le traiter. Il a respecté son contrat
et a été réhospitalisé en décembre pour une autre greffe de lambeau, cette fois
bien réussie.
En juillet dernier, Rick a été réhospitalisé pour des ulcères
de décubitus étendus. La note d’admission indique plusieurs facteurs de
complication du tableau clinique, notamment la malnutrition, l’ostéomyélite, une
fracture pathologique du fémur droit, une dépendance aux narcotiques et un
trouble de personnalité antisociale. À sa première hospitalisation, Rick avait
refusé les traitements mais les psychiatres consultés l’avaient reconnu inapte à
prendre des décisions concernant ses soins de santé, probablement à cause des
effets de l’infection étendue et de sa dépendance aux narcotiques. Aucun membre
de la famille ni proche parent n’a été rejoint; il a donc été traité,
l’infection s’est dissipée et il a manifesté son désir de poursuivre le
traitement.
Pendant l’hospitalisation, le comportement de Rick a constamment
irrité tous les membres de l’équipe de soins. Il injuriait le personnel
infirmier en utilisant un langage cru et vulgaire. Certains jours, il acceptait
les traitements de ses problèmes médicaux mais, d’autres jours, il refusait tout
contact. À quelques reprises, on a découvert des seringues, des aiguilles et
autre matériel de drogues de rue soit sous son lit, soit sur sa table de nuit.
Il allumait souvent des cigarettes dans la salle des toilettes de l’étage mais,
lors d’entrevues avec des étudiants en première année de médecine qui ne se
doutaient de rien, il niait fortement tout usage de drogues ou de nicotine. Il
lui arrivait parfois d’utiliser sa chaise roulante pour aller au sous-sol; on
l’a même surpris au milieu de la nuit en train de jouer au poker avec du
personnel de l’hôpital. Des étrangers d’apparence louche le visitaient
occasionnellement et des conversations à voix basse derrière des rideaux étaient
partiellement audibles et décrites par les autres patients de l’étage comme des
« transactions d’affaires ». Pendant son séjour à l’hôpital, la clé de l’armoire
des narcotiques est disparue à deux reprises, ce qui a nécessité de coûteux
changements de serrures et autres mécanismes de sécurité.
Le personnel est
devenu de plus en plus frustré et furieux. On l’a menacé de cesser les
traitements; le plasticien vous a téléphoné et vous a demandé de transférer le
patient sous vos soins. Deux autres patients de la chambre de Rick ont porté
plainte auprès de l’administration de l’hôpital concernant son comportement
perturbateur. L’administration a convoqué une rencontre urgente afin de discuter
de ce problème et a invité plusieurs membres du comité d’éthique.
Que devrait-on faire?
Cas B
Lisa, 42 ans, fréquente l’unité d’enseignement
de médecine familiale. Elle consulte régulièrement, et souvent à l’improviste,
plusieurs fois par mois. Elle a déjà été en bonne santé mais elle est devenue
polysymptomatique depuis son divorce il y a trois ans. Le personnel et les
médecins redoutent de la voir apparaître à la clinique; le seul fait de voir son
nom sur la liste des rendez-vous suffit à rappeler aux résidents qu’ils ont
d’autres tâches urgentes à accomplir ailleurs. Le comportement et l’attitude de
Lisa sont de plus en plus antagonistes. Elle respecte rarement l’horaire de ses
rendez-vous et se présente fréquemment à la fin de la journée en exigeant d’être
vue d’urgence pour des plaintes d’apparence mineure. Initialement, dans la salle
d’examen, elle est souvent provocatrice, en colère et utilise un langage
grossier. À la fin de l’entrevue, elle est souvent en larmes et se
déprécie.
Le médecin de famille de Lisa, Dr T, a investigué de façon
approfondie les nombreux symptômes complexes décrits par Lisa, notamment douleur
thoracique, étourdissements, vision brouillée, maux de tête, douleurs aux bras
et aux jambes, nausées, ballonnement, diarrhée, constipation et insomnie. Aucune
cause organique facilement identifiable n’a été confirmée; la thérapie s’est
donc orientée vers le soutien. Dr T a gentiment suggéré la possibilité que
d’autres difficultés sociales, émotionnelles ou interpersonnelles soient à
l’origine des symptômes physiques de Lisa, mais elle réplique furieusement «Vous
croyez que tout se passe seulement dans ma tête? » Elle poursuit en se plaignant
que personne ne la comprend ou ne la prend au sérieux, que les médecins ne
s’occupent pas des malades comme elle qui souffrent de maladies compliquées et
qu’elle préférerait mourir que de vivre une autre journée avec une telle
douleur. Un dépistage complet de la dépression majeure a été effectué de façon
répétée par un résident de médecine familiale et a toujours été négatif.
Lisa
refuse d’être référée à un psychiatre ou à un psychologue. Elle dit au Dr T
qu’elle a confiance en lui et qu’elle souhaite demeurer une patiente de la
clinique. Il lui répond qu’il se sent frustré de son incapacité de soulager ses
symptômes et qu’il croit qu’elle serait mieux servie si elle était suivie par un
autre médecin. Lisa commence à pleurer et mentionne qu’elle a vu de nombreux
médecins dans le passé et que la plupart ont été « mesquins, impolis ou trop
pressés pour parler ». Dr T commence à se sentir de plus en plus piégé et
démoralisé par cette relation et se demande s’il n’existe pas une façon éthique
de s’en sortir.
Que devrait-il faire?
Références :
1. Browne A, Dickson B, van der Wal R. The ethical
management of the noncompliant patient. Camb Q Healthc Ethics. 2003
Summer;12(3):289-99. 2. Butler CC, Evans M. The 'heartsink' patient
revisited. Br J Gen Pract. 1999;49:230-3. 3. Nisselle P. Difficult
doctor-patient relationships. Aust Fam Physician. 2000;29:47-9. 4. Midwest
Bioethics Center Ethics Committee Consortium. Guidelines for providing ethical
care in difficult provider-patient relationships. Bioethics Forum. 2000
Fall;16(3):SS1-8. 5. Gillette RD. 'Problem patients': a fresh look at
an old vexation. Fam Pract Manag. 2000 Jul-Aug;7:57-62. 6.
Jonsen AR, Siegler
M, Winslade WJ. Clinical ethics: a practical approach to ethical decisions
in clinical medicine. 4th ed. New York: McGraw Hill; 1998. p.47-106.
# 15 – Le cas
A s’inspire d’un cas fourni par le Dr Alister Browne, Division
of Health Care Ethics, UBC, et est utilisé avec sa permission.
Table des
matières
16. Volontés de fin
de vie, euthanasie, aide médicale au suicide
Cas A
Mme E, 88 ans, est alerte et ne souffre pas
d’inaptitude mais elle est confinée à son appartement à cause d’une maladie
vasculaire périphérique et d’un accident vasculaire cérébral qui l’a laissée
partiellement paralysée. Vous la voyez à l’occasion d’une de vos visites à
domicile régulières. Elle craint beaucoup d’être victime d’un autre AVC et
d’être envoyée dans un foyer de soins infirmiers. Mme E vous demande de lui
prescrire quelque chose qu’elle pourrait prendre elle-même pour en finir « juste
au cas » où les choses se détérioreraient.
Quelle serait votre réponse?
Cas B
Mme N, votre patiente de 22 ans, développe une
toux persistante et une perte de poids. Elle est porteuse d’une grosse masse
médiastinale – probablement un lymphome. Avec la thérapie traditionnelle, les
chances de guérison sont d’au moins 85%. Elle refuse
toute investigation et tout traitement supplémentaire, mais choisit plutôt de consulter
l’herboriste que lui recommande sa sœur. Récemment, Mme N a refusé de se présenter
à une visite de suivi avec le chirurgien qui lui avait
conseillé une biopsie à poumon ouvert.
Quelles sont vos responsabilités ?
Cas C
M. P est confiné au lit suite à des accidents
vasculaires cérébraux. Il est maintenant dément et insuffisant rénal. Il est
traité par dialyse péritonéale. Sa mauvaise alimentation orale a entraîné une
hypoalbuminémie; il est donc alimenté par un tube naso-gastrique qu’il essaie
constamment d’enlever en disant « Non, non, non » (On ne peut lui installer une
« stomie » à cause de sa dialyse péritonéale). La réinstallation du tube
nécessite également l’installation de contraintes. La famille de M. P insiste
pour que le tube soit en place. « Chaque jour qu’il est en vie est une
bénédiction », disent-ils. La famille refuse également toute autre façon de
limiter les soins, p. ex. pas de RCR, et elle s’attend à ce que tout soit mis en
œuvre.
Êtes-vous forcé de vous conformer aux souhaits de la famille ?
Références :
1. Johnston S, Feiffer M. Patient & physician roles
in end-of-life decision-making. J Gen Intern Med 1998;13:43-5. 2. MacLachlan
RA, Hebert PC. Statement concerning euthanasia and physician-assisted suicide.
Ethics Committee of the College of Family Physicians of Canada [editorial]. Can
Fam Physician 2000;46:254-6, 264-7. [Article in English, French]
3.Glare PA, Tobin
B. End-of-life issues: case 2. Med J Aust 2002;176(2):80-1.
Autres références :
1. Lavery et al. Assisted suicide & euthanasia.
CMAJ
1997;156:1405-8.
2. Hébert P. End-of-life decisions. Ch. 9 in Doing Right: A Practical
Guide to Ethics for Physicians & Medical Trainees. (Toronto, OUP, 1996)
Table des
matières
17. Consentement
éclairé, risques, torts, bienfaits, consentement en pédiatrie
Cas A
Votre patiente, une fillette de huit ans,
souffre de leucémie depuis trois ans et cette période a été difficile. Les
parents ne peuvent plus supporter sa douleur et ses souffrances et souhaitent
voir cesser tout traitement « invasif ». Le pédiatre oncologue dit que ses
chances de guérison sont encore de l’ordre de 20 %. Il veut obtenir un ordre de
la cour pour forcer l’enfant à recevoir son traitement. Les parents insistent «
assez, c’est assez ».
Quels sont les enjeux éthiques ici?
Quelle est la bonne ligne de conduite?
Cas B
Finalement, vous avez vaincu le
scepticisme de votre patiente et celle-ci accepte de prendre une médication à
faibles doses pour une hypertension mal contrôlée. À la pharmacie, on lui remet,
en plus de son médicament, une liste imprimée de tous les effets indésirables
potentiels de l’hydrochlorothiazide. À la visite de suivi, la patiente vous
informe qu’elle n’a pas pris sa médication et qu’elle ne la prendra pas à cause
des « effets indésirables potentiellement dangereux » et elle vous montre la
longue liste fournie par le pharmacien.
La conduite du pharmacien est-elle incorrecte d’avoir fourni une
information « complète » et d’avoir fait peur à la patiente?
Références :
1. Harrison C, Kenny NP, Sidarous
M, Rowell M. Bioethics for
clinicians: 9. Involving children in medical decisions. CMAJ. 1997 Mar
15;156(6):825-8.
2. Tunzi M. Can the patient decide? Evaluating
patient capacity in practice. Am Fam Physician. 2001 Jul 15;64(2):299-306.
3. Weston WW. Informed and shared
decision-making: the crux of patient-centered care. CMAJ. 2001 Aug
21;165(4):438-9.
4. Winkelaar PG. When parental consent is not
enough. Can Fam Physician. 1998 Oct;44:2091.
Other
References:
1. Dreher GK. Is this patient really incompetent? Am
Fam Physician. 2005 Jan 1;71(1):198-9. (Developmental
Disability).
2. Rudnick A. Depression and competence to refuse
psychiatric treatment.J Med Ethics. 2002 Jun;28(3):151-5.
(Psychiatry).
3. Savulescu J, Kerridge IH. Competence and consent. Med J Aust. 2001
Sep 17;175(6):313-5. (Geriatrics).
4. Guideline
2: Informed Consent. Am J Mental Retard May 2000; 105 (3): 169
(Developmental Disability).
Table des
matières
18. Erreur médicale,
dire la vérité
Cas A
Vous examinez Jillian M, un nourrisson de 10
mois, à votre cabinet pendant que ses parents sont brièvement absents de votre
bureau. Distrait momentanément, vous laissez le bébé tomber de votre table
d’examen. Malgré ses pleurs, l’enfant ne semble pas blessé.
Qu’est-ce que le médecin devrait dire aux
parents qui étaient absents de la pièce lorsque l’incident s’est produit?
Cas B
Vour référez à un neurologue Mme T, 27 ans,
pour des symptômes de vision brouillée. La lettre que vous recevez du neurologue
dit qu’elle souffre de névrite optique aiguë (NOA), mais il lui a dit qu’elle
présentait une « inflammation oculaire qui pouvait récidiver ». De façon
précise, il ne lui a pas dit qu’elle pouvait développer une sclérose en plaques
(SEP) puisque ce ne sont pas tous les patients atteints de NOA qui développent
une SEP, et qu’il ne voulait pas l’inquiéter inutilement.
Que devriez-vous dire à la patiente?
Références :
1. Reason, J. Human Error: models and management. BMJ 2000; 320:
768-770. 2. Rosner F, Berger J, Kark P, Potash J, Bennett, A. Disclosure and
Prevention of Medical Errors. Arch Intern Med 2000; 160:
2089–2092. 3. Hebert P, et al. Truth-telling. CMAJ 1997;
156:225-8.
Autres références :
1. Girgis
A, Sanson-Fisher R. Breaking
Bad News: current best advice for clinicians. Behav Med 1998; 24:53-9.
Table des
matières
19. Problématique interculturelle
Cas A Mme Chris est sous les soins
du Dr X depuis plus d’un an. Mme Chris a immigré au Canada en provenance
de Taiwan après avoir marié un homme d’affaires canadien. Au cours des six
derniers mois, Mme Chris a consulté très fréquemment pour diverses complaintes
mineures. Dr X soupçonne d’autres motifs cachés mais il est très difficile
de confronter Mme Chris, puisque la plupart des visites se déroulent en présence
d’une interprète. Au cours d’une visite, alors que Mme Chris est allée à
la toilette pour obtenir un spécimen d’urine, l’interprète en profite pour dire
au Dr X que certaines rumeurs dans la communauté veulent que son mari l’enferme
fréquemment dans la salle de bains. L’interprète vous mentionne également
que Mme Chris craint d’exprimer ses préoccupations aux autorités de peur de
perdre son « statut » au Canada. Dans le même sens, la culture chinoise
considère inapproprié de parler de ses problèmes domestiques avec des «
étrangers ». Apparemment, Mme Chris est présentement impliquée dans un processus
de demande pour faire venir sa famille au Canada.
Quelle est la problématique déontologique dans ce
cas De quelle façon le Dr X devrait-il discuter / prendre en charge ce cas?
Cas B Dre Y est directrice du
programme postdoctoral du Département de médecine familiale et communautaire
dans un centre hospitalier d’enseignement en milieu urbain. Cette année,
lors de la journée portes ouvertes du département, elle est confrontée à des
questions touchant les politiques départementales existantes à l’égard de la
diversité culturelle. De façon spécifique, un étudiant en médecine
d’allégeance islamique, intéressé par la médecine familiale, s’inquiète d’avoir
à effectuer des examens intimes à des femmes de la même origine que la
sienne. Autre exemple : un candidat d’allégeance catholique se demande
s’il peut espérer compréhension et accommodement de la part de ses confrères
résidents et du personnel médical s’il fait le choix de ne prescrire aucun moyen
« artificiel » de planification de la famille.
Qu’est-ce qui constitue la tension éthique dans ce
cas? Comment Dre Y devrait-elle réagir?
Cas C Chi Min, l’un des
étudiants en médecine de Dre Z, lui demande une lettre de recommandation à
l’appui de sa demande pour un poste de résidence. Dre Z a toujours
considéré Chi Min comme un étudiant responsable et bon travailleur avec
d’excellents résultats lors des examens écrits. Toutefois, elle a constaté
que Chi Min était plutôt « tranquille » et « timide »; elle est donc un peu
inquiète quant à sa capacité de nouer des relations thérapeutiques efficaces
avec ses patients. Elle comprend que la famille de Chi Min a immigré au
Canada il y a six ans en provenance de la Chine continentale. Elle se
demande comment évaluer Chi Min en tenant compte des différences
culturelles.
Cette situation comporte-t-elle un problème
éthique?
Cas D M. Nguyen consulte Dr A
aujourd’hui avec Marie, sa fillette de trois ans, pour une fièvre et une toux
qui persistent depuis trois jours. À l’examen, Dr A observe de multiples
ecchymoses sur le dos de Marie. Dr A pense à des mauvais traitements
infligés à l’enfant et confronte M. Nguyen. Inquiet d’être déclaré à la
Direction de la protection de la jeunesse, il devient très anxieux et commence à
pleurer. Il explique au Dr A que les marques sont secondaires à
l’application de pièces métalliques, une méthode traditionnelle utilisée dans le
traitement des maladies respiratoires.
Quels sont les dilemmes éthiques dans cette vignette
clinique? Que devrait faire Dr A?
Références :
1. Bioethics for Clinicians: 18-22, 27-28.
CMAJ. Available from: URL: http://www.cmaj.ca/misc/bioethics_e.shtml 2. Beagan,
BL. ‘Is this worth getting into a big fuss over?’ Everyday racism in
medical school. Medical Education 2003;
37:852-860. 3. Collège des médecins du Québec en collaboration avec les
facultés de médecine du Québec : Université Laval, Université McGill, Université
de Montréal et Université de Sherbrooke. ALDO Québec : Aspects
législatifs, déontologiques et organisationnels de la pratique médicale au
Québec. Québec (Canada) : Collège des médecins du Québec; 2000; Section C
3.5. Disponible à partir de : URL: http://www.collegedesmedecins.qc.ca/uploadedFiles/legauxaldoang00.pdf 4. Dosani
S. Practising medicine in a multicultural society. BMJ Career
Focus 2003; 326:3.
Autres références :
1. Association canadienne catholique de la
santé. Health Ethics Guide. Ottawa (Canada): Association canadienne
catholique de la santé; 2000. 2. Nunez A. Transforming Cultural
Competence into Cross-cultural Efficacy in Women’s Health Education.
Acad Med 2000; 75(11): 1071-1080. 3. Post S, Puchalski C,
Larson DB. Physicians and Patient Spirituality: Professional Boundaries,
Competency, and Ethics. Ann Intern Med 2000; 132(7): 578-583.
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