Une Aventure Tropico-Médicale

2012
Oswaldo, Padron

Il y a quelques années je commençais ma pratique dans une région éloignée. Dans un milieu rural et défavorisé avec très peu de ressources, je pratiquais une “médicine de brousse”. Un milieu où la beauté du paysage et la fertilité de ses terres fait des fois oublier l’abandon de l’État. Oui, je dis parfois car quand on reçoit des enfants avec des maladies qui auraient pu être évitées on revient à la réalité.

L’une des tâches de l’équipe de santé était de visiter des endroits encore plus isolés et inaccessibles. Un voyage en particulier m’a touché énormément. On avait décidé de se rendre jusqu’à un petit village caché dans la forêt tropicale. L’équipe était composée comme suit: un médecin, un infirmier, une infirmière, un assistant de laboratoire et le curé de notre village. Notre rôle: d’abord amplifier la couverture d’immunisation pour les enfants de zéro à cinq ans. Ensuite, éduquer les femmes au sujet de la planification familiale. En outre, puisqu'il s'agissait d'une zone endémique pour la malaria, nous faisions un dépistage de la malaria par la technique du frottis sur goutte épaisse. Pour terminer, nous traitions les cas moins urgents; pour la plupart des parasitoses ou des infections des voies respiratoires.

Par un bon matin ensoleillé notre périple commençait. J’étais excité à l’idée de découvrir des nouveaux territoires, mais aussi de pouvoir apporter un peu de soulagement à la population. Ainsi, habillés en tenue d’explorateur plutôt que d’équipe de santé nous partons en mulet, cette bête de charge bien entrainée capable de résister aux caprices du climat et aux rigueurs de la topographie. Deux heures de chemin et le premier obstacle apparaît. Le terrain devient de plus en plus sinueux et accidenté suite à l'abondante pluie de la veille. Le pas du mulet devient plus lent et on remarque que la terre battue cède le pas à la boue, laquelle atteint les genoux de l’animal. On continue sous les encouragements de notre guide, un habitant de la région; puis on réussit à dégager une bête qui s'était enfoncée dans la boue jusqu'au poitrail à sortir de l’embarras après quelques minutes d’inquiétude car la boue touchait le ventre de la bête. Il était presque midi; l'humidité élevée et la chaleur accablante usaient nos forces. En profitant de la proximité d’une commune amérindienne on décida de s'abriter sous le « bohio » et quoi de mieux qu'un hamac pour se détendre. L’amabilité de ces gens nous remet en verve et en contrepartie on leur prodigua quelques conseils de santé. En route après un succulent diner, le reste de la traversée se fit à travers l'épaisse végétation et une ascension sur des des collines escarpées et en bordant des falaises vertigineuses. Le chemin ne dépassait pas 1.2 mt de large et nous avions la hantise d'être happés par le vide; crainte que nos mûles pleines d'assurance ne semblaient pas partager.

Finalement, après sept heures de trajet on est arrive à notre destinée. Toute la population nous attendait avec impatience, mais aussi avec enthousiasme et dans l’espoir d’un apaisement au moins transitoire de ses ennuis. Il y eut poignées de mains et accolades. Nous avons mangé du rôti de porc et du poulet frais autour d’une table improvisée. Tout en relatant les péripéties du voyage, nous étions à l'écoute des besoins exprimés et nous organisions le travail du lendemain. Quelques heures plus tard on tombait vaincus par la fatigue à l’abri des moustiquaires et sous la dissonante mélodie des grillons.

Nous nous éveillons au chant du coq. La vue de l’aube est magnifique. On est installé sur une vallée, entrecroisée par un ruisseau d’eaux cristallines en provenance d’une petite cascade dans la montagne. Là nous prenons un bain réparateur. Sitôt on se met à l’œuvre car les gens arrivent de bonne heure, enfants pour la plupart mais aussi des femmes enceintes et des aînés avec les problèmes courants de leur âge. Les infirmiers débutent la vaccination tandis que notre assistante de laboratoire s’occupe de la détection des différentes formes du plasmodium et distribue les traitements correspondants. Quant à moi, je dispense des conseils et réponds aux mères en ce qui a trait au développement des enfants, aux mesures préventives contre les maladies infectieuses, aux saines habitudes de vie.

Ce qui me bouleverse, c’est l’stoïcisme avec lequel ce peuple endure les pénuries liés à l’isolement. Malgré tout ils sont réussis à tirer profit des ressources naturelles que leur offre leur milieu. Ils ont appris au fil du temps à tirer le meilleur parti de leur milieu. Tous forment une vraie grande famille où les souffrances d’autrui deviennent celles de soi même. Une communauté qui se réjouit dans la gestuelle des activités quotidiennes et qui vit en accord avec l'héritage des ancêtres. Une vision qui remet en question jusqu’à un certain point notre comportement quelquefois indifférent envers les plus démunis et les dépassements, les emportements qui sont les nôtres pour des motifs futiles.

Après un émouvant adieu on entreprit le chemin du retour, le esprit rénové et avec la satisfaction du devoir accompli. La rentrée a été moins pénible car nous descendions. Parfois à dos de mule, parfois trottinant à ses côtés pour l'épargner, car mon dos commençait à craquer. Ainsi se termina une des plus belles aventures de ma vie qui restera à jamais gravée dans ma mémoire.

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Stories in Family Medicine | Récits en médecine familiale [Internet] Mississauga ON: College of Family Physicians of Canada. 2008 --.

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