Message du président

Paul Sawchuk, MD, MBA, CCMF, FCMF

Évaluation de notre démarche pour délaisser le financement de l’industrie pharmaceutique

Les médecins ont toujours dû gérer avec grand soin leurs interactions avec l’industrie pharmaceutique et des soins de santé (IPSS). Nous avons tous vu comment les sociétés pharmaceutiques ont essayé d’influencer les habitudes de prescription, non seulement en fournissant de l’information sur les produits, mais aussi en offrant de copieux repas et en distribuant de grandes quantités d’échantillons « gratuits ». J’ai participé à des événements de ce genre, mais j’estimais qu’en faisant preuve de suffisamment de scepticisme, mes habitudes de prescription n’en seraient pas indûment influencées. Avec du recul, je crois que, même si certains d’entre nous ont pu se montrer imperméables au marketing, les sociétés pharmaceutiques n’auraient jamais utilisé de telles tactiques de façon aussi systématique si elles n’avaient pas été efficaces.

Je repense aujourd’hui à cette époque et, au vu de l’actuelle crise d’opioïdes, je ne peux m’empêcher de penser que les stratégies de marketing de l’industrie ont influencé notre approche collective de prise en charge de la douleur chronique. On a trop mis l’accent et consacré trop de recherches aux opioïdes à action prolongée, et pas assez aux approches non pharmaceutiques. Je crois que la majorité d’entre nous conviendront que nous avons toujours entretenu des relations trop étroites avec l’industrie pharmaceutique. Mais à partir de maintenant, que devons-nous faire ?

Le CMFC vous a récemment fait parvenir un rapport intitulé Gestion des relations avec l’industrie pharmaceutique et des soins de santé. Ce document résume l’état de nos relations actuelles avec l’industrie pharmaceutique. Vous pouvez également lire un commentaire des Drs Francine Lemire et Jeff Sisler sur ce rapport dans le numéro de janvier du Médecin de famille canadien.

Le CMFC s’efforce de réduire l’influence des intérêts commerciaux sur le développement professionnel continu (DPC) et les pratiques des médecins de famille. En 2018 par exemple, le Collège a participé à l’élaboration et à la mise en œuvre de la Norme nationale pour le soutien des activités de DPC agréées. Cette norme vise à s’assurer que les activités de DPC sont à l’abri de l’influence des organisations commanditaires, en particulier de celle de l’industrie pharmaceutique. Le CMFC est fier de cet important changement.

Cependant, nous pourrions en faire davantage. Au sommet du spectre des coûts, exclure l’IPSS du hall d’exposition au Forum en médecine familiale entraînerait une hausse des droits d’inscription. D’après le sondage 2018, la plupart des participants n’appuyaient pas cette approche, comme le soulignent Francine Lemire et Jeff Sisler dans leur article. Et à l’autre extrémité du spectre des coûts, on estime un montant d’environ cinq dollars par mois par membre pour que notre revue soit exempte de publicité pharmaceutique. Est-ce que nos membres sont prêts à franchir ce cap ? J’aimerais beaucoup connaître votre avis. N’hésitez pas à communiquer avec moi ([email protected]).

Je sais que certains de nos membres pensent que la profession médicale ne prend pas ses distances assez rapidement ni assez radicalement par rapport à l’industrie, tandis que d’autres pensent que nous allons trop loin, trop vite. Même s’il y a place pour un débat constructif sur la vitesse de notre démarche actuelle, nous sommes certains d’aller dans la bonne direction.

 

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